Rénovation ou construction neuve : quel marché pour un artisan du bâtiment ?
Neuf ou rénovation : clients, prix, TVA, acomptes, situations, RE2020 et diagnostic de l'existant. Le comparatif métier par métier pour choisir votre positionnement.
Équipe Éditoriale ArtisanFacture
Expert en gestion BTP
Construire du neuf ou rénover l'existant : ce sont deux marchés qui ne se vendent pas, ne se chiffrent pas et ne se facturent pas de la même façon. Ce guide les compare pour les artisans du second œuvre et de l'aménagement extérieur, puis détaille, métier par métier, ce qu'il faut vérifier avant de s'engager.
Deux marchés, deux façons de travailler
En construction neuve, l'artisan intervient sur un chantier organisé par d'autres : un constructeur de maisons individuelles, un promoteur, une entreprise générale ou un maître d'œuvre découpe l'ouvrage en lots (gros œuvre, couverture, menuiseries, plâtrerie, peinture, revêtements de sol...) et consulte plusieurs entreprises par lot. En rénovation, l'artisan est le plus souvent en direct avec le propriétaire, un syndic ou un gestionnaire, et c'est lui qui définit la solution après avoir vu l'existant.
| Critère | Construction neuve | Rénovation |
|---|---|---|
| Donneur d'ordre | Constructeur, promoteur, entreprise générale, maître d'œuvre | Particulier, syndic, bailleur, gestionnaire de biens |
| Base du prix | CCTP et bordereau fournis, prix unitaires comparés entre entreprises | Visite technique, solution proposée par l'artisan, forfait ou prix détaillés |
| Organisation | Planning commun à tous les lots, réunions de chantier, compte prorata | Planning propre, souvent en site occupé |
| Facturation | Situations de travaux validées par le maître d'œuvre, retenue de garantie possible | Acompte à la commande, factures intermédiaires, solde à la réception |
| TVA | 20 % | 10 % ou 5,5 % sous conditions, sinon 20 % |
| Risque principal | Prix tirés, délais de paiement, pénalités de retard | Imprévus cachés dans l'existant |
Le neuf : volume, lots et sous-traitance
Un constructeur ou une entreprise générale qui vous fait confiance peut vous confier plusieurs chantiers par an, avec des prestations répétitives. En contrepartie, le prix est comparé ligne à ligne, le planning est imposé et chaque retard se répercute sur les lots suivants. Vous y intervenez souvent comme sous-traitant (voir plus bas et notre guide de la sous-traitance BTP).
La rénovation : sur mesure, diagnostic et marge
En rénovation, la valeur de l'artisan tient à sa capacité à lire l'existant (support, structure, humidité, matériaux dangereux), à proposer une solution adaptée et à la chiffrer sans oublier de poste. Le client achète une compétence et une relation directe, pas seulement un prix au mètre carré. Le revers : un diagnostic incomplet se paie sur votre marge, car les surprises découvertes en cours de travaux ne sont pas toujours refacturables.
Ce qui change sur vos devis et vos factures
La TVA : 20 % en neuf, taux réduits sous conditions en rénovation
La construction neuve et les travaux sur un logement achevé depuis moins de deux ans sont facturés à 20 %. Dans un local d'habitation achevé depuis plus de deux ans, les travaux d'amélioration, de transformation, d'aménagement et d'entretien relèvent du taux de 10 %, et les travaux de rénovation énergétique du taux de 5,5 %, à condition de respecter les critères fixés par la réglementation. Les travaux annexes (reprise de finitions, repose d'un revêtement) ne suivent le 5,5 % que s'ils sont l'accessoire direct de ces travaux, ce qui s'apprécie au cas par cas : dans le doute, appliquez 10 %. Le taux normal revient lorsque les travaux aboutissent à la production d'un immeuble neuf ou augmentent la surface de plancher de plus de 10 %.
Un même devis peut donc mêler plusieurs taux. Exemple d'une réfection de toiture avec isolation : 8 000 € HT de couverture à 10 % (800 € de TVA) et 4 000 € HT d'isolation à 5,5 % (220 € de TVA), soit 13 020 € TTC. Le client doit justifier que les conditions du taux réduit sont remplies, selon les modalités en vigueur publiées sur impots.gouv.fr. Tous les cas, métier par métier, sont dans notre guide de la TVA des artisans du bâtiment.
Acomptes, situations et retenue de garantie
En neuf, la facturation suit l'avancement : vous émettez des factures de situation, souvent mensuelles, que le maître d'œuvre vérifie avant paiement. Le marché peut prévoir une retenue de garantie, plafonnée à 5 % du montant des travaux par la loi du 16 juillet 1971 et conservée jusqu'à un an après la réception (elle peut être remplacée par une caution bancaire). Entre professionnels, le délai de paiement ne peut pas dépasser 60 jours à compter de la date de la facture (ou 45 jours fin de mois si le contrat le prévoit), et vos factures doivent mentionner les pénalités de retard ainsi que l'indemnité forfaitaire de 40 € pour frais de recouvrement.
En rénovation chez un particulier, la pratique courante est un acompte à la signature, éventuellement des factures intermédiaires sur les chantiers longs, puis le solde à la réception. Écrivez bien le mot « acompte » sur le devis : sans précision, une somme versée d'avance par un consommateur est considérée comme des arrhes, que le client peut abandonner pour se dédire. Notre guide acompte, situation et solde détaille les trois documents.
RE2020 : ce que la réglementation change pour les lots du neuf
Depuis 2022, les logements neufs relèvent de la RE2020, qui fixe des objectifs globaux au bâtiment (besoin bioclimatique, consommation, impact carbone sur le cycle de vie des matériaux, confort d'été). Le bureau d'études les traduit dans le CCTP en exigences par lot. Pour l'artisan, deux conséquences : ne rien substituer sans accord écrit, car un changement de produit peut modifier le calcul réglementaire, et soigner l'étanchéité à l'air, mesurée en fin de chantier et dégradée par chaque traversée mal calfeutrée de l'enveloppe.
Pour aller plus loin : RE2020 et couverture et RE2020 pour les électriciens et plombiers.
Assurance et réception : mêmes garanties, activités à déclarer
La garantie décennale s'applique aux ouvrages neufs comme aux travaux de rénovation qui en relèvent, mais votre contrat ne couvre que les activités déclarées : un peintre qui fait de l'isolation par l'extérieur ou un carreleur qui réalise l'étanchéité d'une douche à l'italienne doit le vérifier sur son attestation. La réception, formalisée par un procès-verbal, fait courir la garantie de parfait achèvement (un an), la garantie biennale (deux ans) et la décennale. Voir notre guide décennale et RC Pro.
Rénovation : le diagnostic de l'existant, métier par métier
Quel que soit le métier, trois vérifications reviennent sur tous les chantiers de rénovation :
- L'amiante : pour un immeuble dont le permis de construire a été délivré avant le 1er juillet 1997, le donneur d'ordre doit faire réaliser un repérage amiante avant travaux et vous le transmettre. Le retrait de matériaux amiantés est réservé aux entreprises titulaires de la certification prévue pour la sous-section 3 ; les interventions sur ces matériaux relevant de la sous-section 4 exigent une formation spécifique des opérateurs. Voir amiante avant travaux : les obligations de l'artisan.
- L'humidité : remontées capillaires, infiltrations, condensation. Aucun revêtement ne tient durablement sur un support humide : la cause se traite avant la finition.
- Ce que vous ne voyez pas : écrivez sur le devis ce que vous n'avez pas pu vérifier (sous un revêtement, derrière un doublage) et prévoyez qu'une découverte fera l'objet d'un avenant signé avant d'être traitée.
Carreleur : planéité, humidité, amiante, pose sur ancien carrelage
- Planéité du support : contrôlez à la règle de 2 m et au réglet. Les tolérances de la pose collée sont fixées par le DTU 52.2 ; au-delà, un ragréage ou une chape de rattrapage s'impose, et il doit apparaître comme un poste distinct du devis.
- Humidité : mesurez l'humidité résiduelle d'une chape et recherchez les remontées capillaires en rez-de-chaussée ancien avant de coller quoi que ce soit.
- Amiante : dans les bâtiments anciens, des dalles de sol vinyle et certaines colles bitumineuses cachées sous l'ancien revêtement peuvent en contenir. Pas de dépose, de ponçage ni de découpe avant d'avoir le repérage.
- Pose sur ancien carrelage : possible si l'ancien revêtement est adhérent (aucun carreau ne sonne creux au maillet), stable et non fissuré, après nettoyage, dégraissage et primaire d'accrochage, avec un mortier-colle adapté. Vérifiez la surépaisseur : seuils, débattement des portes, hauteur du receveur, pente des évacuations.
- Pièces d'eau : l'étanchéité sous carrelage d'une douche à l'italienne (système de protection à l'eau sous carrelage ou système d'étanchéité liquide) se coordonne avec le plombier avant la pose. Un plancher chauffant découvert sous l'ancien revêtement change aussi la méthode de dépose et le choix de la colle.
Pour chiffrer : modèle de devis carreleur, tarif horaire du carreleur et logiciel de devis et factures pour carreleur.
Couvreur : charpente, amiante-ciment, écran de sous-toiture, ventilation
- Charpente : inspectez-la par l'intérieur avant de chiffrer. Insectes xylophages, champignons (dont la mérule), pannes déformées : un renfort ou un traitement change le devis. Poser une couverture neuve sur une charpente malade engage votre responsabilité.
- Amiante-ciment : les plaques ondulées et les ardoises en fibres-ciment posées avant 1997 peuvent contenir de l'amiante. Leur retrait relève d'une entreprise titulaire de la certification amiante, avec une filière d'élimination adaptée.
- Écran de sous-toiture : un écran ancien ou absent se remplace lors d'une réfection complète ; sa mise en œuvre est encadrée par le DTU 40.29.
- Ventilation : la sous-face de la couverture doit rester ventilée (entrées d'air en égout, sorties en faîtage). Une isolation qui obstrue la lame d'air provoque de la condensation et dégrade les bois.
- Points singuliers : noues, abergements de cheminée, rives et zinguerie sont souvent à l'origine des infiltrations. Chiffrez-les poste par poste.
La réfection est aussi le bon moment pour proposer l'isolation (sarking ou rampants), qui peut relever du taux de 5,5 % et ouvrir droit à des aides si vous êtes RGE. Ressources : devis de toiture, modèle de devis couvreur, tarif horaire du couvreur.
Peintre : adhérence, humidité, fissures, plomb avant 1949
- Adhérence : un test de quadrillage ou au grattoir indique si l'ancienne peinture tient. Une peinture farinante ou écaillée impose un décapage ou une impression adaptée, à chiffrer comme tel.
- Humidité : taches, auréoles, salpêtre en pied de mur. Peindre sur un mur humide, c'est une reprise assurée : faites traiter la cause d'abord.
- Fissures : les microfissures se traitent à l'enduit ; une fissure large ou évolutive peut être structurelle. Signalez-la par écrit plutôt que de la masquer.
- Plomb : dans les logements construits avant le 1er janvier 1949, les anciennes couches peuvent contenir de la céruse. Demandez le constat de risque d'exposition au plomb (CREP) s'il existe, proscrivez le ponçage à sec et le décapage thermique, protégez les occupants comme vos compagnons, et privilégiez des méthodes adaptées (décapage humide ou chimique, recouvrement).
- Niveau de finition : le DTU 59.1 distingue plusieurs niveaux de finition (élémentaire, courante, soignée). Indiquez sur le devis celui qui est chiffré : c'est lui qui fixe le temps de préparation et qui évite les litiges.
Ressources : devis peinture au m², modèle de devis peintre, tarif horaire du peintre.
Paysagiste : sol, végétaux existants, maçonneries, réseaux
- Sol : structure, pH et drainage (un simple test de percolation, en creusant un trou et en le remplissant d'eau). Un sol compacté ou gorgé d'eau se corrige avant toute plantation.
- Végétaux en place : état sanitaire des arbres, ancrage, branches mortes, haies dégarnies ou envahissantes. Avant un abattage, vérifiez auprès de la mairie les protections éventuelles (espace boisé classé, règles du PLU, secteur protégé). Pour les nouvelles plantations, respectez les distances de l'article 671 du Code civil : 2 m de la limite pour une plantation de plus de 2 m de haut, 0,5 m pour les autres, sauf règlement ou usage local contraire.
- Maçonneries : terrasse affaissée, muret incliné ou sans drainage arrière. Une reprise de structure n'a ni le prix ni les garanties d'un simple nettoyage.
- Réseaux : arrosage existant (fuites, programmateur), éclairage, drainage. Près de réseaux enterrés, les déclarations DT (maître d'ouvrage) et DICT (entreprise qui exécute) sont obligatoires avant de terrasser.
- Évacuation : déchets verts, souches et gravats de dépose, à chiffrer à part.
Le taux de TVA d'un chantier de jardin dépend de la nature des travaux : voyez notre article sur la TVA du paysagiste. Ressources : modèle de devis paysagiste, tarif horaire du paysagiste.
Construction neuve : ce que les lots attendent de vous
Menuisier : un lot extérieur, un lot intérieur
En neuf, le menuisier livre le lot des menuiseries extérieures (fenêtres, portes, volets, porte de garage) et souvent celui des menuiseries intérieures (blocs-portes, placards, escalier). Les performances attendues viennent du CCTP et de l'étude thermique ; la mise en œuvre suit le DTU 36.5. Les points critiques sont les interfaces : réservations laissées par le gros œuvre, raccord avec le doublage, calfeutrement pour la mesure d'étanchéité à l'air.
En rénovation, tout change : cotes non standard, choix entre dépose totale et pose sur dormant existant (plus rapide, mais qui réduit le clair de vitrage), contraintes d'aspect en secteur protégé, aides à la rénovation énergétique. Voir notre guide de la rénovation pour menuisier, l'article sur le devis de menuiserie et le modèle de devis menuisier.
Peintre : le dernier corps d'état
Intervenant après le plaquiste et les réseaux, le peintre encaisse tous les retards accumulés. Deux réflexes protègent votre marge : une réception des supports avant de commencer (joints, planéité, propreté, réserves écrites s'il le faut) et la vérification du niveau de finition exigé par le CCTP. La rentabilité se joue ensuite sur la cadence des équipes.
Serrurier-métallier : le lot serrurerie-métallerie
En neuf, le serrurier-métallier fabrique et pose garde-corps, grilles, portails, portes de hall et parfois le contrôle d'accès, sur plans d'exécution à faire valider, en respectant la norme NF P 01-012 pour les garde-corps et, en établissement recevant du public, les exigences de sécurité incendie. La rénovation est un autre métier : sécurisation des logements (portes blindées, serrures et cylindres sous certification A2P), dépannage, contrôle d'accès de copropriété. Voir notre guide de la rénovation pour serrurier et nos repères sur les tarifs de dépannage.
Carreleur, couvreur, paysagiste : les spécificités du neuf
- Carreleur : respectez les délais de séchage des chapes, la mise en chauffe d'un plancher chauffant, le classement UPEC exigé par le CCTP et les joints de fractionnement.
- Couvreur : charpente neuve, écran de sous-toiture inclus dans le lot, travail en cadence pour les constructeurs, coordination avec le charpentier et le plaquiste.
- Paysagiste : terrain compacté par les engins, contraintes du PLU (pleine terre, essences locales, infiltration des eaux pluviales) à intégrer dès le plan d'aménagement.
Sous-traitance : les points de vigilance
- Un contrat écrit qui fixe le périmètre, les prix, les délais et les pénalités.
- L'acceptation du sous-traitant et l'agrément de ses conditions de paiement par le maître d'ouvrage, comme le prévoit la loi du 31 décembre 1975.
- Une facture hors taxe portant la mention d'autoliquidation : c'est l'entreprise principale qui déclare la TVA.
- Des attestations à jour : l'entreprise principale doit vous demander une attestation de vigilance URSSAF pour tout contrat d'au moins 5 000 € HT, puis tous les six mois.
Neuf, rénovation ou les deux : choisir son positionnement
Il n'y a pas de réponse universelle. Quatre critères aident à trancher : votre trésorerie (le neuf impose délais de paiement et retenue de garantie, la rénovation fonctionne avec des acomptes), votre équipe (un planning de lot se tient à plusieurs), votre goût pour le diagnostic et la relation client (la rénovation se vend en rendez-vous, le neuf se gagne sur dossier et sur prix) et votre territoire (l'activité neuve dépend des programmes locaux).
Beaucoup d'entreprises combinent les deux : quelques donneurs d'ordre fidèles en neuf pour remplir le planning, de la rénovation en direct pour la marge. La règle d'or : ne jamais dépendre d'un seul donneur d'ordre, et mesurer la rentabilité réelle de chaque chantier (heures, achats, imprévus). Pour chiffrer juste dans les deux cas, suivez notre méthode de chiffrage pas à pas et nos conseils de gestion de chantier.
Checklist avant de signer
- Neuf : CCTP lu en entier, prix unitaires vérifiés, planning et pénalités acceptables, conditions de paiement et retenue de garantie connues, activités couvertes par votre décennale.
- Rénovation : visite technique faite, photos de l'existant conservées, repérage amiante demandé si l'âge du bâtiment le justifie, taux de TVA vérifié ligne par ligne, acompte et limites du diagnostic écrits sur le devis.
Les plans et prix d'ArtisanFacture sont détaillés sur la page tarifs.
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